Le petit kouros de bois de Marseille (vers 450 av. J.-C.)

Petit kouros de bois, Marseille (MAΣΣA), vers 450 av. J.-C. Marseille, musée de l’Histoire de Marseille. Photo © Jamie Mulherron

Il n’est pas grand, un peu plus de 9 cm de haut, mais d’une grande présence. Vue de face, il a les cuisses puissantes et un scrotum impressionnant. Son poids reste un peu sur la jambe gauche, alors que la jambe droite et son genou poussent un peu vers l’avant. Vue de dos, ses cheveux stylisés avec les plats rectangulaires tombent sur ses épaules. Il y a une belle rondeur à ses épaules, aux fesses, cuisses et aux mollets. Malgré les manques : les pieds et les chevilles des deux jambes, le bras et l’épaule gauche, le bras droit juste sous le coude, le pénis, et le visage – il est un vrai kouros, une pile d’énergie énorme.

Il fut découvert, sa tête à côté de son corps en 1973, lors d’une fouille archéologique derrière la Bourse de Marseille, un bâtiment somptueux inauguré en 1860 avec de belles sculptures classiques sur la façade. L’essence du bois reste non identifiée, mais il est probablement plus une espèce de fruitier ou de chêne que du pin ou du sapin. Il sera acquis par le musée d’Histoire de Marseille en 1983 ou il est mis en valeur dans une grande vitrine malgré sa petite taille.

Je vais éviter les ‘types’ de kouroi quasi-scientifique de Gisela Richter parce que le petit kouros de bois de Marseille échappe un peu à toutes ces catégories, et les découvertes des petits kouroi de bois de l’ensemble du monde hellénique sont très rare. Le style de la figure est de la période archaïque et est daté de 550 av. J.-C. Je dirais cependant qu’il soit plutôt de 450 av. J.C., parce que les cheveux stylisés et le primitivisme puissant de la figure se rapproche beaucoup des monnaies massaliotes du 5eme siècle av. J.-C., et en particulier, les petites oboles d’argent avec les têtes d’Apollon, d’un style archaïque tardif. Il semble ainsi raisonnable de penser que le style archaïque aurait pu persister un peu plus longtemps à Marseille qu’au cœur du monde grec, comme Athènes, ou les villes des colonies tel que Syracuse.

Marseille, du grec ancien, MAΣΣA, fut fondée par les grecs de Phocée – les Phocéens – du port Ionien Phocée, située du côté ouest de l’Anatolie (aujourd’hui Foça en Turquie) vers 600 av. J.-C., et qui évolua d’un petit emporia a une grande ville. Comme les monnaies marquées « MAΣΣA » il y a peu de doutes que ce petit kouros de bois était, en quelque sorte : Made in France.

Obole à la tête d’Apollon, crabe au revers, vers 450 av. J.-C. Photo © Jamie Mulherron

Les histoires traditionnelles de l’art de l’Ouest commencent presque toujours précisément à ce point – le kouros archaïque – avant d’élaborer le parcours d’art de siècle de siècle : la perfection de la période classique, l’expressionisme de le période hellénique, les continuités et la décadence avec les romains, le soi-disant trou noir de l’âge des ténèbres, et le rebondissement avec la période romane et les gloires du gothique, la renaissance, le baroque, le néoclassicisme, sans oublier l’académisme, le naturalisme et le modernisme du dix-neuvième siècle. A travers tous ces mouvements, la France, l’une des plus importantes nations de sculpture du monde, a excellé. Et le petit kouros de Marseille est l’un des précurseurs.

La sculpture existait bien évidemment avant l’arrivée des grecs – les vénus paléolithiques, les menhirs anthropomorphe chalcolithiques, sont beaux et fascinantes, mais on ne peut pas dire d’eux, comme le petit kouros de bois de Marseille, qu’ils appartiennent à la même tradition d’art. Les formes et les connaissances grecques ont traversé insciemment les siècles depuis la fondation de Marseille et sont depuis le seizième siècle, devenues le but singulier de l’école française de sculpture. Les génies anonymes du roman et du gothique (bien que certains noms soient encore connus comme celui de Gislebertus), Jean Goujon et Germain Pillon à la renaissance, Pierre Pujet et Antoine Coysevox du Grand siècle, Augustin Pajou et Jean-Baptiste Pigalle des Lumières, et les Carpeaux, Rude, Rodin et Maillol du dix-neuvième siècle, doivent beaucoup au petit kouros de bois de Marseille.

Remerciements à Charlotte pour la révision du texte.

Le petit kouros de bois de Marseille. Photo © Jamie Mulherron


Voir :

http://collections.musees.marseille.fr/fr/search-notice/detail/d-1983-2-97-kou-5cda0?search=

Antoine Hermary, « Un petit kouros en bois de Marseille (fouilles de la Bourse) », Revue Archéologique, nouvelle série, fasc. 2 (1997), pp. 227-242